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Une étude sur les changements sociaux à travers le film « Les 400 coups »

Updated: Sep 21, 2023

L’adolescence est un moment clé dans la vie de chaque individu. C’est le passage entre l’enfance dans toute sa pureté, et l’âge adulte marqué par les banalités, les situations de tension quotidienne. Mais pour Antoine Doinel, cette période difficile n'est pas toujours synonyme d’un âge doré et d’insouciance.


La société regardait les enfants comme des mini-adultes. On ignorait que les ados ont un regard du monde de manière naturelle. Donc, le développement de la culture jeune avec ses propres codes, ses vêtements, le langage argot, les BDs, la littérature était inconcevable.


« Adolescent » comme une identité démographique n’existait pas au début du siècle. Les jeunes travaillent à côté de leurs aînés afin de soutenir les parents. Les lycéens buvaient du vin et fumaient. Bref, la proportion de la population âgée de 13 à 17 ans n’était pas reconnue comme distincte des autres. Leurs besoins particuliers, leurs aspirations et leurs caractères n’avaient pas de valeur sociale ou économique.


La jeunesse


Les ados des années 50 et 60 devenaient la première génération qui ont mis en place une identité particulière qui n’est pas ni adulte, ni enfant. En littérature, c’est en 1953 qu’on a vu l’émergence de l’album jeunesse « Caroline » dans lequel le personnage principal est un enfant. « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan met en valeur une jeune fille de 17 ans comme le personnage principal. Les BDs comme un genre de la littérature jeunesse prennent l’ampleur à partir des années 50. Sous l’influence de genre musical « Rock n Roll » on voit émergence du mouvement des jeunes le « Blouson noir »


Donc, ce n’est pas un coup de hasard que « les 400 coups » est sorti en 1959. C’est un film personnel du réalisateur débutant, François Truffaut, qui met comme personnage principal un adolescent.


De plus, la manière dont Truffaut raconte l’histoire du film est très réaliste. Ce film présente un ado, Antoine Doinel, dans un milieu qui ne le comprend pas. Ses parents le considèrent comme un menteur en récidive. Il a autant de difficultés pour intégrer l’école. Donc Antoine décide de quitter, voire fuir son milieu et de faire sa vie.


Victime d’un système social, enfant mal aimé, Doinel représente une partie importante des ados français. À cette époque-là, on regarde les gamins, et les juvéniles comme s’ils étaient des adultes de l’avenir et non pas comme ils étaient une population particulière.


Antoine est un garçon très sensible. Cette idée est soutenue par le fait que quand il rentre chez lui le soir, il fait soigneusement les tâches ménagères. Également, il y a des instances dans le film, par exemple la scène où il décide de se remettre sur les rails, alors, il fait un effort pour réussir son contrôle sur Balzac. Même dans les moments où il se rend une deuxième fois au bureau de son beau-père, avec une sincère naïveté, pour remettre la machine à écrire. N’oublions pas que Doinel qui a vu sa mère avec son amant, a choisi, avec la sagesse d’une personne qui comprend que les relations personnelles sont délicates, à ne pas en parler à son père. Ça met en valeur un niveau supérieur de l’intelligence émotionnelle de cet ado par rapport à la nature enfantine de sa maman.


Une scène remarquable qui fait preuve de sa vulnérabilité est quand il est devant la psy. Dans cette séquence, la caméra reste sur Antoine. Tandis qu’on ne voit pas la psy, on l’entend poser des questions. Pour les spectateurs, Antoine paraît avoir un dialogue avec soi-même. C’est la première fois dans le film entier qu’on écoute Doinel parler de sa vie, de son point de vue. Il décrit que ses parents ne le croient pas quand il parle la vérité. Alors, il ne peut pas être sincère même avec ses parents. Par conséquent, personne dans sa vie ne le comprend.

Entre autres, il divulgue dans toute sa fragilité que sa maman ne le voulait pas. Étant donné que sa mère l’a conçue avant son mariage dans une époque quand l’avortement n’était pas autorisé, elle s’est mariée avec Julien Doinel, qui a eu un esprit ouvert pour avoir épousé une telle femme et pour avoir accueillie Antoine.


Certes, Antoine Doinel n’est pas un enfant battu, ou maltraité. Les moments de joie familiale surtout du côté de son beau-père, la sortie au cinéma, font preuve que Truffaut ne voulait pas évoquer la pitié pour le personnage de Doinel. Pourtant le manque d’affection parentale, de tendresse maternelle marque Doinel d’un niveau profond. Observons la conversation entre ses parents à table. Julien et Gilberte Doinel, étant conscients que les vacances d'été approchent, discutent avec une indifférence « Qu’est-ce qu’on va faire du gosse cet été ? », alors qu’Antoine est assis devant eux.

Antoine voudrait probablement faire partie de sa famille, mais dès sa naissance, cet enfant a un certain ressenti qu'il est enfant non-désiré. C’est une interprétation de la culpabilité chez Doinel comme « quelque chose ne va pas chez moi auquel j’ai aucun rapport et je ne peux pas y appartenir »


La représentation de la famille typique


« Les 400 coups » est un reflet de la société française de la période, après la deuxième guerre mondiale. Dans ce film de Truffaut, nous voyons que l'image de la famille a changé. Surtout la place des femmes. Au contraire, dans les films précédents, il n'y avait pas de représentation des femmes qui ont un métier.

La mère d'Antoine est une illustration des femmes de l'époque. Elle travaille dans un bureau. C’est la nouvelle place des femmes. C’est une illustration du taux de croissance des femmes qui vont au travail. Cependant, c'est au détriment de leur rôle de maman, et de femmes au foyer, ce dont le personnage de la maman d’Antoine fait preuve.


D’ailleurs, la famille de Doinel est complexe. La mère de Doinel est une « fille-mère » ou mère-célibataire. Ça veut dire qu’elle avait conçu son bébé avant son mariage. C’est une période où l’avortement n’était pas autorisé. La société a forcé l’enfant, et par conséquent, le mariage.


On apprend que la mère de Doinel s’est mariée avec un homme qui n’est pas le père d’Antoine. Dans ce film, il est évident qu’elle n’aime pas son mari. Elle est en couple, en toute probabilité, parce que la société n’accepte pas les mères célibataires.


Ce qui ne passe pas inaperçu, c’est qu’elle est enfantine. Probablement qu'elle n’est pas prête mentalement d’être maman. Elle n’avait pas envie de faire un enfant, ou de se marier. Malheureusement, puisqu’elle est femme, elle ne peut pas rebeller comme Antoine. Si sa mère appartenait à l’époque d’Antoine, peut-être qu’elle n’aurait pas dû se marier, et elle aurait pu faire ses études. Faute de développement psychologique, elle se comporte de cette façon immature. La liberté pour elle est si Antoine n’est pas là.


La situation des « mères célibataires » peut arriver dans chaque société, et dans chaque époque. Mais on ne parle pas dans la littérature, ni dans le cinéma. Pourtant, François Truffaut fait exprès de ce contexte dans ce film vis-à-vis le témoignage d’Antoine Doinel à la psychanalyste, et le personnage de la maman d’Antoine Doinel.


Le père Doinel, lui, il a l’esprit ouvert pour avoir épousé une mère célibataire. En plus, c’est le père qui semble ne pas maltraiter Antoine. Pourtant, c’est le père d’Antoine qui inflige une gifle humiliante devant la classe. Et c’est encore son père qui porte plainte à la gendarmerie contre la tentative de vol de la machine à écrire.


La représentation de l’établissement scolaire




Regardons l’histoire du film sur l’axe du système scolaire. Il va à une école pour garçons, ce qui était la norme de l’époque. Il s’entend bien avec ses camarades de classe. Cependant son instituteur est très sévère. Bien sûr qu’Antoine n’est pas l'élève idéal, mais il fait un effort pour se transformer. Hélas ! Ses efforts semblent vains, parce que le professeur ne les reconnaît pas. Au contraire, il accuse Antoine d’être malhonnête. Il le renvoie au directeur de l’école.


Les établissements scolaires dans les années 50 et par suite les universités dans les années 60, connaissent un afflux considérable d’élèves. Antoine, élève typique de cette période-là, ne s’intéresse pas à l’école. Il s’intéresse plutôt à la lecture de Balzac, et au cinéma. Il va à une école pour garçons. La mixité obligatoire dans les lycées et les écoles en France est mise en place à partir de 1962.


Son instituteur est sévère. Mais Antoine s’entend bien avec ses camarades de classe. Il passe des moments très drôles avec son ami René. Les 2 garçons font l’école buissonnière et vont à la foire. Ils s’amusent énormément. En plus, dans une séquence dans la salle de classe, nous voyons comment les garçons brisent, fracassent les lunettes d’un des camarades quand il n’est pas en mesure de réagir.


À l’incitation de sa mère, Antoine fait enfin un effort pour réussir son essai scolaire. Inspiré de sa lecture de Balzac, Antoine rédige son essai sur le modèle balzacien. Par malheur, l’instituteur croit qu’Antoine a copié, et il l’accuse de plagiat. C’est un instant où un adulte ne comprend pas, et ne reconnaît pas l’effort qu’Antoine a fait.


Antoine Doinel, est-il coupable ?


Antoine est très sensible. Mais la société détruit ce qui est sensible. Le monde des adultes ne le comprend pas. Ce qu’il fait avec passion, finit par échouer. Du point de vue d’Antoine, c’est une société pourrie, sa famille, son école. Il ne peut pas faire confiance même aux parents. Alors, afin de survivre il faut rebeller, surtout quand on est sensible. C’est à Antoine de trouver ce qui est essentiel pour lui. C’est un film rebel, qui a connu succès auprès des jeunes car c’est ce que la jeunesse vivait. La génération précédente ne faisait pas d'effort pour les aider. Les parents sont incompétents. L’établissement scolaire est incompétent face à une telle jeunesse rebelle.


Face à l’incompréhension des adultes, Antoine développe l’habitude de mentir. Au fur et à mesure, cet usage devient fréquent. Et il ment facilement. La suite naturelle est qu’il commence à voler. Cambrioler et faire des mensonges sont ses stratégies d’autodéfense contre le système qui ne l’accepte pas. La génération précédente ne faisait pas assez d'effort pour l’aider.


« On a tout essayé Monsieur le commissaire, la douceur, la persuasion, les sanctions. On ne l’a battu, c’est ce qu’on peut dire ». C’est avec ces mots que le beau-père d’Antoine le balance auprès de la gendarme. Tandis que dans la partie du film avant l’histoire avec les flics, on tente de normaliser le garçon erroné, la vie d’Antoine bouleverse complètement après ce procès. Ne faisant confiance à personne, Antoine fuit le centre correctionnel. Mais il ne rentre pas chez lui. Sans tourner, sans s’arrêter, il s’enfuit de sa famille, de la société, du système scolaire, et le centre pour les juvéniles car s’il aurait été attrapé par le système, il n’aurait eu aucune chance de trouver son chemin. Alors, pour s’en sauver, il se rebelle contre le système.


Sans doute Antoine a volé de l’argent et la machine à écrire. Il va sans dire qu’il ment à volonté. Ce sont des incriminations minables. Mais sa plus grande accusation, en toute probabilité, est qu’il se culpabilise énormément pour être né à une maman qui ne le voulait pas.


Pourquoi classe-t-on « Les Quatre Cents Coups » comme un film de la Nouvelle Vague ?


Dans ce film nous voyons les traits du mouvement de la Nouvelle Vague. C’est un mouvement réactionnaire, mis en marche par de jeunes réalisateurs français, y compris François Truffaut, à la fin des années 1950 et 1960. D’ailleurs, la plupart des réalisateurs de la Nouvelle Vague était des critiques des films du Cahier du Cinéma.


En 1959, le personnage d’Antoine Doinel est anti héros, mais aussi courageux, juvénile, et vulnérable. Il n’est pas un héros de la guerre, ni bourgeois. Dans le film, il n'y a pas grand-chose qui se passe, pas de vilain, pas de héros, juste un ado. Mais il y a une anticipation de la tragédie qui allait lui arriver.


La plupart du film présente la réalité de la vie banale comme les choses quotidiennes, dans l’école, chez Antoine, les moments qu’il passe avec ses copains. Il n’y a pas de personnages méchants. Nous voyons la vie amusante d’Antoine, avec quelques ennuis typiques des ados. Doinel n’a pas d’ambition ni de détermination de « réussir sa vie ». Il erre dans les rues de Paris.


Ce n’est pas une adaptation de la littérature. Par contre, c’est largement une œuvre biographie de François Truffaut. Truffaut, lui-même échappé du système, a connu la vie dans la rue avant d’être adapté par André Bazin.


Le film reconnaît que les choix d'Antoine ne sont pas tout à fait propres. Mais le film montre pourquoi il décide de faire certaines choses, pourquoi il réagit d'une telle manière. François Truffaut ne cherche pas à moraliser. Raconter des histoires pour transmettre un message était un trait des films avant la Nouvelle Vague.


Or, l’histoire du film n’était probablement pas digne d’être racontée avant la nouvelle vague. Ce film a un rapport particulièrement avec la jeunesse d’après la deuxième guerre mondiale.



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