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Pickpocket Robert Bresson (1959)

Au fond, le film « Pickpocket » est une autre version de « Crime et châtiment » de Fedor Dostoïevski. C’est plutôt une très bonne adaptation cinématique du roman classique. Les traits des personnages du film, Michel, un jeune français qui se met à voler, son ami Julien, le gendarme, et Jeanne s'appuient sur le schéma des personnages du Roman Dostoïevskien - Rodya Raskolnikov, Razoumikhine, Porfiry et de Sonya respectivement. Michel se prend pour un homme supérieur aux autres hommes. Il s'accorde la liberté pour franchir la ligne rouge. Il décide de voler à la tire une certaine population. C'est exactement la même notion que Raskolnikov tient et qui le pousse à tuer une vieille dame. Le gendarme, conscient du fait que c'est Michel qui est le coupable, laisse Michel


Ce film respecte le narratif classique. Il s'agit de Michel qui se met à voler par un besoin économique. Et pourtant, au fur et à mesure, son activité de voler à la tire prend la dimension de la cleptomanie. Ce n'est pas un film du genre « policier » au style Hitchcockien. Le spectateur sait déjà que le personnage de Michel est un pickpocket. Ce n’est pas « qui » a volé mais l’axe du film se repose sur le comment et le pourquoi est-ce que Michel finit par devenir un pickpocket.

Cependant, on prend sa défense et on ne veut pas que Michel soit pris « la main dans le sac » de sa victime.


Le renouvellement de la forme cinématographique dans le cinéma français -


Robert Bresson apporte quelque chose de nouveau à la forme du film. Il y a une rupture des conventions des spectacles, ce qui était respecté jusqu’alors. La stylistique théâtrale des films précédents cède aux montages et à la mise en scène efficace. Au début, le cinéma français s'appuyait sur les techniques et les stylistiques théâtrales (Le théâtre filmé). Mais pour Bresson, le cinéma n'est pas une imitation de théâtre. Pour Robert Bresson, le cinéma n'est pas un spectacle mais une écriture avec son langage propre. Au-delà de la stylistique théâtrale, Bresson adopte le naturalisme pour donner l'impression de la réalité, et ce n'est pas théâtrale.


Les acteurs non-professionnels -


Dans ce film, Bresson utilise les acteurs qui sont des non-professionnels. Ces non-spécialistes n'apportent aucun trait aux personnages du film. En fait, une des premières observations des spectateurs est que la manière dont ces non-experts énoncent les dialogues est neutre et sans excès. Mais ça provient du fait que pour Robert Bresson ce sont des modèles à manipuler, et non pas des acteurs qui jouent un rôle. Il filme leur main, leur visage comme s'ils étaient les matières premières pour le septième art. Il n'y a pas d'expressivité d'acteurs. Et pourtant, le film réussit sa tonalité grâce au montage cinématographique.


Le rythme du film et les montages -


Dans « Pickpocket » nous observons le fonctionnement de la grammaire de la septième art. La linéarité du narratif fait en sorte que les actes s'enchaînent l'un à l'autre. Bresson évoque et maintient la curiosité du spectateur jusqu'à la fin de la séquence si Michel fait repérer par la gendarmerie ou non. Les séquences qui alternent entre mouvementées et statiques créent une tension pour les spectateurs. Le plan visuel alterne entre le cadrage taille des visages et le gros plan sur la main. Quand on voit les visages, les mouvements sont quasiment inexistants. Et aussi, Bresson découpe l'acte de voler en petits gestes. Les mains de Michel et des autres pickpockets sont mises en relief par le montage efficace. La personnification de la main se présente au début du film quand la voix off parle de « ces mains les ont faites … ces mains qui volent » La main semble avoir une existence à elle-même quand il s’agit des plans où la main est en contact sensorielle avec le sac à main.

Et de cette manière subtile, le film réussit à mettre le spectateur dans l'état de l'inquiétude pour Michel. La manière de faire du cinéma transforme dans les mains de Bresson.


Exercice d’analyse de la mise en scène de la première séquence de l'acte de vol.


Plan 1 - Le film s’ouvre sur une note dans un carnet qui passe pour un journal intime. « Je sais que d'habitude ceux qui ont fait ces choses se taisent ou que ceux qui en parlent ne les ont pas faits. Et pourtant je les ai faites »


Plan 2 - Le plan suivant présente les mains gantées d'une femme probablement bourgeoise. Elle porte une montre. Elle ouvre son sac pour retirer des billets d'argent. Elle passe ces billets à un homme.


Plan 3 - La caméra montre son profil quand il va au guichet. L'homme qui s'est habillé avec élégance fait une transaction au guichet et puis il passe Michel.


Plan 4 - Michel le suit de regard. Contrairement au décor bourgeois, la tenue de Michel n'est pas élégante. Ce n'est même pas de bonne taille. Tandis que les personnes sur l'écran ne parlent pas, une voix off (Michel qui rédige la note dans son carnet) raconte que la « décision a été prise il y a quelques jours ».

Michel regarde furtivement, et laisse l'homme passer quelques mètres, et puis quand l'homme tourne loin de la foule, Michel prend la même direction.


Dans cette séquence qui comprend les 4 plans ci-dessus, le réalisateur établit les caractéristiques essentielles du personnage de Michel. Sa situation sociale, son intelligence, sa prise de conscience qu'il fait quelque chose immorale. En plus nous sommes conscients que c'est Michel qui raconte son passé.


À partir de plan 5, la séquence se déroule à l’hippodrome. Nous sommes en mesure de mieux repérer le fonctionnement du montage Bressonien.


Plan 5 - Dans la séquence à l'hippodrome, la scène se contextualise largement à l’aide de son. Le bruit de fond est juste le vacarme d'un lieu public. Sur le haut-parleur, l’annonceur dit « allô… allô…les chevaux sont sous ses ordres ». Pourtant, à aucun moment, on ne voit jamais les chevaux.

À l'écran, on voit Michel suivre le couple et rejoindre la foule, juste derrière le couple. Nous construisons la séquence mentalement à l'aide du mouvement des yeux et du son des pas des chevaux qui courent.



Plan 6 - Dans le montage suivant, le spectateur voit le couple côte-à-côte. Mais nous voyons une moitié du visage de la femme et une moitié de celui de l’homme. L’homme regarde loin par une paire de jumelles. La caméra reste pour assez longtemps sur le visage de Michel, qui s’est installé un pas en arrière du couple. Dans ce montage il n'y a aucun mouvement, sauf quand Michel semble baisser les yeux. Le plan passe tout de suite au montage suivant.


Plan 7 - Le montage suivant, mouvementé, présente la main d'un homme, (celle de Michel) caresser le sac à main de la femme à son côté. Cependant, cet acte a l’ampleur séductrice comme si Michel effleure la femme.


Plan 8 - Ensuite, la prise de vue montre leurs torses et leurs visages. Alors qu'il n'y a aucun mouvement, cette fois-ci, c’est pour une durée courte. Alors que la femme et Michel regarder la caméra, les deux, en fait, semblent regarder quelque chose devant eux. Le son du fond n’est que le tumulte du lieu.


Plan 9 - Encore une fois, dans le montage suivant, mouvementé, la caméra montre la main de Michel, après le contact sensoriel, essayer d’ouvrir le sac à main.


Plan 10 - Au moment où il réussit à l’ouvrir, la caméra revient sur leurs visages. Cette fois, Michel baisse les yeux furtivement avant de s’immobiliser.


Plan 11 - Quand il baisse les yeux une fois de plus, la caméra retourne sur le montage de sa main. Il glisse sa main dans le sac à main. Ses mouvements subtils sont mis en contraste par le bruit de fond de la foule.


Plan 12 - Une fois de plus, la caméra remonte sur leurs visages. Et il n'y a pas de mouvement. Nous ne voyons pas les chevaux. Mais au fond, nous entendons le bruit des chevaux qui courent. À la même fois, nous observons que la femme et Michel suivent des yeux de droit à gauche quelque chose. Et puis, l’homme baisse les jumelles.


Plan 13 - Et encore la caméra montre la main de Michel tirant une liasse de billets du sac à main de la femme. Rapidement, il glisse cette somme dans sa poche alors que la foule se disperse.


L’effet que cette séquence de montage évoque chez les spectateurs -


Le montage et le son évoquent une tension. On prend le côté du voleur. En tant que spectateurs, nous sommes inquiets pour Michel. Nous ne voulons pas qu'il soit découvert pendant l'acte de tirer l'argent. De plus, cette scène met en place le thème du film. Si nous arrivons à cette interprétation, c’est le résultat de la superbe mise en scène. Le contraste entre l'immobilité dans les cadrages des visages et les mouvements subtils dans les gros plans de main qui manœuvre pour ouvrir et retirer les billets.


Cette scène alterne les 2 actions qui se passent simultanément - les plans du visionnement de la course des chevaux ainsi que les montages des mouvements habiles de la main qui vide le sac à main. Le visage de Michel fait semblant d'appartenir à la foule, alors que sa main vole habilement du sac de la femme.


D’ailleurs, cette séquence met en place la forme du film entier, qui alterne entre les séquences de pillage et les scènes de Michel par rapport aux liens sociaux.

On peut élargir la représentation de l’alternance en fonction du personnage de Michel. Il va sans dire que comme Raskolnikov, Michel se prend supérieur aux autres hommes. Par contre, d'un autre côté, sa main dévoile la face cachée de son personnage.


Nous pouvons analyser d’autres séquences de cette manière, plan par plan. J’ai voulu étudier particulièrement la séquence dans la gare de Lyon, la séquence où Michel se fait repérer par l’agent de police, la séquence dans laquelle le réalisateur monte que Michel part en Europe, et puis il revient.





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