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Le Quai Des Brumes - Marcel Carné (1938)



« Le quai des brumes » un bijou du film français, est regardé comme un des cinémas du patrimoine français. La collaboration entre Marcel Carné et Jacques Prévert donne naissance à ce beau film en noir et blanc. Prévert a fait une adaptation du roman de Pierre Mac Orlan, et puis, c’est mis en scène par Marcel Carné.


Le film s’appuie sur le style théâtral. Les dialogues, l’interprétation ne sont pas naturels. C’est un drame classique où les personnages succombent au destin prédéterminé. Mais c’est un film bien construit scène après scène. Au départ nous comprenons que Maurice est mort. Mais Nelly a des soupçonnes. Au fur et à mesure le spectateur dévoile le suspens. Les éléments sont là pour construire une histoire émouvante et dramatique.


D’après certains spécialistes « Le quai des brumes » est un prototype des films noirs. Mais ce film présente les éléments du réalisme poétique. La mise en scène a des éléments cinématographiques du film noir, mais au fond c’est un film du réalisme poétique.


Ci-dessous je partage les notes que j’ai prises quand j’ai vu le film.


La stylistique du film noir -


En France, Le Havre est un port très animé. Mais dans le film, la ville portuaire prend l’allure surnaturel. Carné présente Le Havre comme une ville isolée, quasiment comme une ville fantôme. L’atmosphère sale et des pavés humides font le contexte au Havre que ce film montre.


L'atmosphère brumeuse est un élément important dans ce film. Le brouillard est présent dans les images du film, mais la brume sert également, comme une métaphore, dans les pensées confuses et embrouillées des personnages. Les personnages sont des gens qui sont perdus et qui sont en quête. Chaque personnage semble coincé dans Le Havre. Aussi, il y a la Cabane de Panama, qui se tient à l'écart de la société. La cabane de Panama paraît l’endroit qui accueille les personnages qui n'ont pas les idées claires et qui passent le temps à se remettre en question, même jusqu'à la fin du film où il y a un dernier retournement.

Pourtant, ni la cabane de Panama, ni le Havre ne sont pas les lieux où on souhaite s'installer définitivement. Probablement qu’ils sont ancrés dans Le Havre.


Les images de la stylistique du film noir dans le film comprennent des gros plans, (par exemple, le très gros plan du visage de Nelly - vidéo), le style de l'encadrement des personnages (image ci-dessus), l'utilisation de l’ombre et de la lumière et l'atmosphère brumeuse. En plus, ces visuels représentent les pensées des personnages.


Le héros du film noir -


Avant « le quai des brumes » les films mettaient en valeur le héros. Un militaire sur l'écran était le héros et non pas un déserteur. Prenons le film « Napoléon vu par Abel Gance » (film muet - 1927 - Abel Gance) ou le film « Les Gaîtés de l'escadron » (film muet - 1932 - Maurice Tourneur). Le premier film, bien sûr, met en valeur Napoléon. Et puis dans le film de Tourneur, certes, il s’agit de la vie d'un soldat. Mais c’est une comédie qui a l’air léger.


L’homme ordinaire -


Contrairement aux héros d’avant, Carné arrive avec un personnage principal qui est un déserteur. Jean, le personnage principal, est marqué par la guerre. Son âme est brisée dans l’armée. Il est quelqu’un avec qui chacun peut s’identifier. Il n’est pas l’empereur. Mais, il est l'homme ordinaire, et pourtant, quelqu'un qui pourrait avoir l'air mystérieux.


Peau dure et cœur tendre -


Jean est gentil mais il peut aussi infliger des blessures à quelqu'un, ou tuer quelqu'un. Il évite d'écraser le chien errant, ce qui commence à suivre Jean partout. Il est gentil avec Quart Vittel, l’ivrogne, avec Panama, avec Nelly. Il ne se mêle pas aux affaires de ni Zabel, ni Lucien. Mais il est rude à Zabel et à Lucien. Il est sensible, même s’il aurait peut-être tué avant. Il a de bons et de mauvais caractères comme tout le monde. Les spectateurs adorent Jean, malgré qu'il soit déserteur, malgré qu'il ait tué quelqu'un.


La stylistique du réalisme poétique -


« Je peins malgré moi les choses cachées derrière les choses ! Un nageur, pour moi, c'est déjà un noyé… »


Même si ce n’est pas le langage naturel, « Le quai des brumes » a de dialogues poétiques. Par exemple, dans la réalité, un ex soldat ne peut pas parler de façon lyrique. Et aussi Zabel, le méchant, répond de manière poétique quand il explique qu’il a une tête qui ne plaît pas aux autres. Il y a particulièrement le personnage du peintre Michel Krauss qui représente superbement le réalisme poétique (vidéo). Krauss est quelqu’un de sensible, et qui a des pensées claires.

D’ailleurs, sur l'axe philosophique, on peut observer Krauss du point de vue de l’absurde camusien. Il est conscient qu’on ne peut pas savoir le sens de l’existence. Et il a accepté l’absurde de l’existence. Mais au lieu de continuer à vivre comme le fait Sisyphe, Krauss finit par se suicider.

Pour en revenir au film, dans la séquence où on voit le peintre pour la première fois, il a un monologue très lyrique et plein d’imagerie et de contrastes.


Un autre repère du réalisme poétique est le désespoir. Sur le plan visuel du film, l’absence de paysage pittoresque et à sa place, la présence de la saleté de la ville représente le désespoir. Les personnages du film sont des rejetés, des exclus par la société. En plus, il n’y a pas de loi. Les personnages comme Zabel, Lucien, et Jean aussi décident de se faire justice eux-mêmes


Les personnages


Jean - le héros

Il est quasiment dans chaque cadre du film, et les autres personnages se trouvent autour du héros. En fait, les autres servent à définir le personnage du héros. Le chien commence à le suivre. Jean se sent responsable pour Nelly. La vedette, Jean Gabin, ajoute le charisme naturel au personnage du Jean.

Dans la première séquence, nous apprenons que même s’il en est capable, Jean choisit la paix. Il décide de ne pas se bagarrer avec le camionneur. Ensuite, quand Quart Vittel, l’ivrogne lui demande s’il est brutal, Jean répond qu’il voudrait être tranquille.

La séquence suivante nous dévoile qu’il y a quelque secret chez Jean. Dans la scène brumeuse, 3 gendarmes approchent, et nous apprenons que, à l’aide Quart Vittel, Jean s’est caché.

Jean se trouve déchiré par son amour pour Nelly et par son besoin de quitter le pays. Pour Jean, son amour pour Nelly porte l’espoir. Leur rapport pourrait aider Jean à effacer les marques de la guerre. Il a l’espoir d’amour mais il doit quitter le pays et commencer à nouveau au Venezuela. Il choisit de prendre le large. Il s’est fait des faux papiers.

La péripétie - Avant que le bateau parte pour le Venezuela, Jean décide de quitter le bateau. Il laisse toutes ses affaires et part en courant vers Nelly. Cette décision se révèle fatale pour Jean.


Zabel - le méchant du film.

Les premières séquences présentent Zabel comme un homme âgé et cultivé et naïf aussi. Il a des préférences pour la musique religieuse et il fait preuve d’un dégoût pour certaines musiques dites « avilissantes ». Probablement il n’aime pas la modernité. Mais il dit qu’il est « un commerçant honorable ». Généralement, nous ne parlons pas de notre vie professionnelle comme « un avocat honnête », ou « une prof généreuse ». Nous nous présentons à l’aide de la profession, sans emploi de l’adjectif.


Dans les séquences suivantes, nous remarquons la manière dont Jean se comporte vis-à-vis de Zabel. Les deux hommes ne s’entendent pas bien. Au fur et à mesure, nous comprenons que Zabel est dangereux et répugnant. Jean le décrit comme un « scolopendre ». C’est en fait Zabel qui a tué Maurice. Il est le parrain de Nelly. Mais même si, en principe, il est la figure paternelle, il désire Nelly. Mais Maurice était l’amant de Nelly. Et Zabel explique à Nelly qu’il a tué Maurice par jalousie. Le comédien Michel Simon qui interprète le rôle de Zabel, donne une dimension dégueulasse à son personnage sur l’écran.


Le destin de Nelly -

Nelly est un portrait des jeunes femmes des années 30. Elle est dépendante parce qu’elle est mineure (17 ans). Lucien, Maurice (tué par Zabel), et aussi Zabel convoitent Nelly. Orpheline, elle est sous la tutelle de Zabel, son parrain. Peut-être qu’elle a vécu l’abus sexuel.

Nelly est belle et fragile, mais elle n’est pas libre. Alors, Jean se sent responsable pour Nelly. Elle trouve une certitude, un peu de réconfort dans la compagnie de Jean. En fait, après qu’elle a passé la nuit avec Jean dans une chambre d’hôtel, le personnage de Nelly s’est transformé. Elle n’a plus peur de Zabel. Elle trouve son courage et elle devient audacieuse. Enfin, elle est en mesure de faire face à Zabel qui l'a abusé jusqu'à là.

D'ailleurs, elle aurait pu retenir, voire empêcher Jean de quitter le Havre. Mais Nelly sacrifie son amour. Elle ne voudrait pas garder Jean pour elle-même. Elle souhaite que Jean soit libre. La très belle Michèle Morgan qui joue le rôle de Nelly apporte les éléments de la mélancolie et de la fragilité à son personnage.


Le scénariste


Jacques Prévert - Le pacifiste


Pour contextualiser Jacques Prévert, l’un de ses poèmes les plus célèbres est « Barbara, quelle connerie la guerre ». Ça fait preuve de sa position pacifiste par rapport à la guerre.

Prévert fait du personnage de Jean un déserteur qui a quitté Tonkin (Cochinchine). Il met Jean dans la position d’anti-guerre. Jean décrit au camionneur minutieusement l’horreur de tirer sur quelqu’un à Tonkin. (Il est paradoxal que Jean meurt d’exacte même manière à la fin). Cependant, Jean ne veut pas la moindre blessure, même au chien. Donc, c’est peut-être contre sa volonté que Jean était dans l’armée.


Le film est censuré parce que c'est démoralisant. Pour l’État, quand il y a la tension géopolitique juste avant la deuxième guerre mondiale, ce n’est pas un moment convenable pour un film anti-guerre.




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