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Hiroshima mon amour - (1959) Alain Resnais

14 ans après les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, Alain Resnais tourne « Hiroshima mon amour ». Marguerite Duras écrit le scénario du film. C’est un film français, coproduit par la France et le Japon. Ce film, à l'origine, est une commande de documentaire sur la bombe atomique que Resnais devait réaliser.


Mais la production finale est une mise en abyme d’un film documentaire sur la paix. Une Française est au Japon en tant qu’actrice du documentaire. Là, elle est dans une relation occasionnelle avec un Japonais. Le succès du film se trouve dans des dialogues de la plume de Duras et aussi dans le montage des séquences de la part de Resnais.


Passons à regarder la mise en scène des premières séquences du film.


La juxtaposition de l’amour et les conséquences destructrices de la bombe atomique.


L'oxymore du titre du film -

Même si nous ne sommes pas japonais, la tragédie à Hiroshima a une dimension universelle. C'est une responsabilité collective.

Or, l'expression « mon amour » évoque un sentiment possessif. Donc, comme le disait la Française, se rencontrer à « Hi-ro-shi-ma » n'est pas anodin. Et justement, Resnais met côte à côte les deux éléments avec une forme particulière qui rend ce film inclassable.


La particularité du superbe long-métrage de Resnais est l'utilisation du documentaire japonais « Hiroshima » (1953) à côté d'une histoire de fiction, voire histoire d’amour. La première séquence commence par l’image des bras entrelacés de manière érotique, et couverts de cendre, comme des sculptures en Pompéi. Il s’agit du couple Française-Japonais dans une chambre d’hôtel. Nous remarquons qu’il y a des perles de perspiration sur leur peau. Peut-être qu’ils font l’amour. Le plan ne présente que leur bras. Un mélange audacieux des mots de Duras comme un dialogue entre les amoureux alors que sur l’écran on monte les visuels du couple et du documentaire japonais en succession donne une ampleur à cette séquence.

Puis, quand la voix (off) de la Française dit d’avoir tout vu à Hiroshima, le plan passe à l’extrait du documentaire japonais où il y a un couloir de l’hôpital. Cependant, il y a une fausseté de la scène. C’est une vue superficielle. Dans le travelling, nous remarquons un propre couloir, les infirmières et les femmes dans les lits d’hôpital. Tout paraît tranquille.


Puis, nous sommes ramenés au couple avec les bras entrelacés par la voix du Japonais qui insiste sur le fait qu’elle n’a rien vu à Hiroshima. Ils s’embrassent toujours. Nous ne voyons que leur bras. La voix de la Française semble expliquer qu’elle est allée au musée 4 fois pour justifier qu’elle a vu Hiroshima. À cette explication, il lui demande « quel musée ? ». Après, sur l’écran on passe à un extrait du documentaire japonais dans lequel on monte l’escalier d’un bâtiment semblable au musée. Il y a des objets du musée. D’abord un objet lumineux qui ressemble à un atome. Ensuite, on voit une image de nuage en champignon. Et après, il y a des visiteurs qui se promènent au musée, regardant les photos. Nous voyons leurs jambes entre les tableaux. Un homme, puis, une femme avec 2 enfants. Et dans le musée il y a une reconstitution, un modèle d’avion au-dessus du modèle de la ville. Les enfants penchent pour voir l’intérieur du modèle de la ville.

Mais dans le documentaire japonais il y a aussi des objets en métal, grotesquement dénaturés. Un vélo déformé, des capsules en bouquet, les peaux humaines entremêlées, des pierres brûlées, les cheveux des femmes.

La caméra, puis, nous présente les photos encadrées au musée. Il y a des victimes dans les photos. Leur peau, leur cuir chevelu.

Après, à l’extérieur du musée, nous avons une vue sur la place de la paix. Elle énonce des faits. Elle parle de la température de la place de la paix est équivalente à celle du soleil.

Et encore, au musée, dans le film pour les visiteurs, il y a la reconstitution quasi authentique des moments où Hiroshima a été détruite. La voix off de la Française raconte comment le film trouble les touristes. Elle continue à expliquer que c’est à travers les actualités qu’elle a appris que les autres espèces touchées par la destruction. Et puis quand elle évoque des fleurs qui recouvrent Hiroshima, Resnais montre les enfants victimes de la bombe.


Ensuite, dans ce film formaliste, on observe la mise en contraste entre ce que nous croyons savoir, et ce que les gens à Hiroshima ont vraiment vécu. Le sourire de l’hôtesse de la tour atomique des années 1950 déstabilise les spectateurs. La musique envoûtante donne allure de la morosité à l’ambiance du film.


À travers le regard de la Française, la succession des plans contrastés explore les rapports entre ce que nous croyons de Hiroshima et ce qui est la réalité. Le film documentaire dans la première séquence n’a rien d’organique. Ça a l’air d’une séquence préparée au préalable. Prenons le cadre du documentaire où dans un panorama de la caméra on regarde une femme, avec des cheveux en désordre, sortir du débris. Ça a l’air d’une scène montée. Cette séquence est cadrée de manière spécifique afin de transmettre un message à travers le film.


Dans quel but est-ce que Resnais montre la fausseté en fonction du film documentaire ?



Resnais semble pointer du doigt à l'artificialité apparente des documentaires. Tourner un documentaire sur Hiroshima, et donc, réduire la tragédie de la catastrophe en spectacle n’était pas son but. Resnais qui était court-métragiste réputé, sait qu’il y a une subjectivité même dans les documentaires. Il voulait probablement souligner que malgré que ce soit un documentaire, ce n’est pas dépourvu de subjectivité du réalisateur ou des producteurs. C'est un film qui dit ce que le film n'est pas, mais ce qu'il aurait pu être.


Qu’est que ça donne du point de vue des spectateurs ?

En tant que spectatrice, j’ai ressenti la honte de n’avoir rien compris de la tragédie à Hiroshima. Chaque fois que le Japonais disait « Tu n'a rien vu à Hiroshima » je me sens coupable. Je n'ai rien vu à Hiroshima. Malgré les films, les médias, je n'ai rien vu de la perspective des natifs, des victimes. C’est cet élément qui rend tout le monde coupable, qui est la réussite du film de Resnais.



La Française


Il n’est pas étonnant que Duras attribue au personnage de la Française le métier de comédienne. À côté de ça, Elle interprète le rôle d’une infirmière pour un documentaire international sur la paix. Interpréter un rôle de professionnelle de santé n’a que l’intérêt personnel pour la Française. Bref, elle n’est pas là au Japon pour faire des services bénévoles, ni pour les raisons humanitaires.


Pour la Française, la rencontre avec le Japonais n’est qu’une affaire éphémère. Elle semble être obsédée par son affreux passé à Nevers en France. Elle raconte ses jours de la jeunesse à Nevers. La Française n’a pas de sentiments particulier pour Hiroshima. Mais elle a « peur de l’indifférence ». La signification de Hiroshima pour le monde entier, et pour la Française était « la fin de la guerre ».


Et aussi, à un moment, elle présente (avec nonchalance) un soulagement que le Japonais soit parti en guerre pendant le bombardement, et alors ça lui a sauvé la vie.


Le passé à Nevers -

Pendant son adolescence, la Française avait un amant qui était un soldat allemand (l’ennemi). Étant donné qu’il y avait la guerre, leur rapport était condamné à l’échec dès le début.

Son amant se fait tuer. La Française est déchirée par le chagrin. Pour éviter l’embarras à ses parents, elle quitte Nevers pour Paris.


Elle se sent coupable de l'infidélité non pas quand elle s'est mariée avec son époux en France, mais quand elle a exposé sa souffrance au Japonais.


Pour son époque, la Française est libertine. Même si elle est déjà mariée, et qu’elle est très contente dans son mariage, et qu'elle a des enfants, elle a un rapport avec le Japonais. En 1959, cette représentation de la Française est très progressiste.


Le Japonais


Dans le film, le Japonais est vétéran de la guerre, et travaille en tant qu’architecte. Il a un côté humain. Nous n’apprenons pas grand chose du Japonais. Il est follement amoureux de la Française. Il l’écoute raconter son passé. Il voudrait la voir avant qu’elle parte pour la France. Tout au long du film, il est l'ombre d'elle. Dans un cadre où elle se promène dans les rues de Hiroshima, il est en arrière-plan. À la fin du film, on a appris la souffrance de la Française. Par contre, nous ne savons pas ce que le Japonais a connu comme souffrance. Certes, la Française a été subjuguée par le contexte sociopolitique de la guerre. Mais il est paradoxal que le traumatisme de la victime du bombardement soit ignoré.


« Hiroshima mon amour » est vu comme un film expérimental. Resnais met au service du film les contrastes entre la mémoire collective de la tragédie et les souvenirs personnels, entre l'image qui représente l'événement et la réalité de ce qui s'est passé. Mais il nous a donné un film puissant qui nous rend conscient de notre indifférence. La fin de la guerre et on est soulagé. Et puis la vie reprend le rythme. Ensuite on est conscient de la bombe atomique et de ses conséquences destructrices. Et alors, on s'inquiète. Mais entre tout ça, les victimes de la bombe passent inaperçues.






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